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Comment les entreprises pharmaceutiques comptent faire de l’argent avec le Covid-19

17 Avril 2020 , Rédigé par PCF SECTION DES BASTIDES 81 Publié dans #Entreprises

Comment les entreprises pharmaceutiques comptent faire de l’argent avec le Covid-19

Les Etats investissent beaucoup d’argent public pour trouver des traitements contre le Covid-19.

Les grandes industries pharmaceutiques annoncent vouloir aider. Elles pensent bien sûr d’abord au profit accumulé grâce au virus.

 

L’entreprise pharmaceutique Gilead, basée en Californie, produit le remdésivir, un antiviral. Il n’a jamais été commercialisé. Le 20 mars 2020, l’organe de régulation des médicaments aux USA lui a attribué le statut de « traitement pour maladie rare », attribution abusive, car le Covid-19 est une véritable pandémie, et non une maladie rare.

Début mars 2020, l’OMS a déclaré que le Covid-19 était une pandémie mondiale. Gilead a  alors demandé et obtenu le statut de « traitement pour maladie rare », dans le but de soigner une maladie épidémique. L’ONG suisse Public Eye explique que le remdésivir a été, au début, développé contre le virus Ebola, grâce à des fonds publics, mais il n’a été ni autorisé, ni homologué, même pas contre le virus Ebola. Gilead le ressort à l’occasion du Covid-19.

Un monopole privé sur des médicaments financés par des deniers publics

Pourquoi le laboratoire Gilead a-t-il demandé la classifitation « médicament orphelin » ? Pour des raisons évidemment financières. En effet, ce statut spécial donne au laboratoire l’exclusivité sur les ventes pendant sept ans, des crédits d’impôts sur la réalisation d’essais cliniques et des approbations plus rapides.

Des médicaments à un prix prohibitif 

Le classement du médicament comme « médicament pour maladie rare » permet aux industriels d’exiger des prix élevés, car, ayant le monopole sur le traitement, ils peuvent le vendre plus cher. Il n’y a pas de transparence dans la fixation des prix, et il y a surtout, ce qui baisse le coût de revient du médicament pour les industries, de gros investissements publics.

Le laboratoire Gilead a déjà fait d’énormes bénéfices sur un médicament luttant contre l’hépatite C, vendus à plusieurs dizaines de milliers d’euros le traitement (1 pilule : 600 euros !). Résultat : le médicament est inaccessible pour de très nombreux malades. Et nous revenons ainsi à une médecine à 2 vitesses.

Le Covid-19 : une poule aux œufs d’or pour l’industrie pharmaceutique

 

Une coalition d’organisations médicales a dénoncé les pratiques de Gilead. « Nous sommes choqués d’apprendre que votre entreprise a demandé à la Food and Drug Administration le statut de "médicament orphelin" pour le remdésivir, l’un des rares traitements actuellement à l’étude pour le Covid-19. C’est un usage totalement abusif d’un programme pensé pour inciter la recherche et le développement de traitements de maladie rares. Le Covid-19 est tout sauf une maladie rare. Certaines estimations suggèrent que la moitié de la population des États-Unis ou même plus pourrait contracter la maladie »,

Au vu du scandale qui se profilait, Gilead a renoncé à demander le statut de médicament orphelin pour le remdésivir.

Mais ceci reste la preuve que les laboratoires pharmaceutiques sont prêts à tout pour maximiser leurs profits.

Sanofi, Novartis, Bayer ont abandonné depuis longtemps les recherches sur les virus respiratoires

Des traitements existent déjà, qui pourraient être peut-être une solution contre le Corona Virus. Ils sont déjà indiqués pour d’autres maladies, et auraient pour intérêt d’être rapidement commercialisés.

Ainsi, Sanofi s’est dite prête à offrir aux autorités françaises des millions de doses de Plaquenil, sa marque de la molécule. Novartis a également annoncé vouloir faire don de chloroquine. De même que l’entreprise pharmaceutique et chimique allemande Bayer, qui vient de reprendre sa production de chloroquine alors qu’elle l’avait stoppée l’année dernière. 

Mais ces grandes industries se gardent bien d’expliquer qu’elles ont depuis plusieurs années abandonné les recherches sur des traitements ou des vaccins contre les virus respiratoires. Nous avons pourtant connu deux épidémies de ce type depuis début 2000 : le SRAS et le MERS, tous deux étant déjà des corona virus.

Maladies infectieuses, vaccins : pas assez rentables

Bayer met à disposition des équipements de dépistage : très bien. Mais il omet de dire qu’il a abandonné la recherche fondamentale en amont, qu’il a renoncé à développer des traitements et des vaccins contre les maladies infectieuses respiratoires.

Bayer s’est concentré sur des produits qui rapportaient plus, pour plus de profit. Au moment du SRAS, des études lancées pour des traitements et des vaccins ont été ensuite abandonnées. Si on passe à la loupe les agissements des industries pharmaceutiques, on constate qu’elles travaillent sur de nombreux projets concernant le cancer et le diabète, traitements qui, commercialisés, sont très lucratifs.

Dans ses rapports d’activité, Sanofi explique ainsi contribuer à la lutte contre les maladies infectieuses, comme la tuberculose ou le paludisme. Il n’est cependant nulle part fait mention de recherches sur les coronavirus. Dans un de ses derniers rapports, Sanofi explique à ses actionnaires que la recherche sur le corona virus aurait pour résultat de réduire son chiffre d’affaires en baissant les dépenses de santé pour traiter d’autres maladies. La recherche sur les maladies infectieuse est bien moins rentable que celle sur les maladies non transmissibles. D’où l’arrêt, après l’épidémie de SRAS , il y a 17 ans, des recherches sur les corona virus. De plus, les traitements visant le cancer ou le diabète sont plus lucratifs, car ce sont des traitements sur une longue durée, voire des traitements à vie.

« Si on ne change rien, nous serons à nouveau très mal préparés quand viendra la prochaine épidémie »

Les vaccins ne rapportent pas autant que de commercialiser, par exemple, la thérapie génique Zolgensma, un traitement destiné aux enfants atteints d’atrophie musculaire spinale, que Novartis vend à deux millions d’euros l’injection. Le Zolgensma, mis sur le marché l’année dernière « a été développé au départ par l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale, un établissement public], le développement a eu lieu ensuite avec le financement du Téléthon, c’est-à-dire grâce à des dons défiscalisés, donc indirectement avec de l’argent des impôts, rappelle Jérôme Martin, ancien président d’Act Up-Paris et cofondateur, l’an dernier, de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament. Et nous nous retrouvons au final avec une molécule rachetée par Novartis qui la revend à deux millions d’euros sans jamais justifier ce prix alors qu’au départ, il s’agit d’argent public.

Le PDG de Novartis, Vasant Narasimhan, l’a dit lui-même fin janvier, alors que le Covid-19 commençait à s’étendre hors de Chine : « Quand une épidémie se déclare, tout le monde veut faire quelque chose, mais quand elle est passée, presque plus personne ne s’y intéresse. La question, c’est comment maintenir les investissements pendant ce temps ».

La question pourrait aussi se formuler ainsi : comment faire pour que les entreprises pharmaceutiques développent des traitements qui servent à la santé de tous, et pas seulement aux portefeuilles de leurs actionnaires ? 

Aujourd’hui, beaucoup d’argent public est investi dans la recherche contre le Covid-19. Si la politique des industries pharmaceutiques ne change pas, ces recherches s’arrêteront quand s’arrêtera l’épidémie.  Et nous serons à nouveau très mal préparés quand viendra la prochaine.

Il faut donc que la recherche pharmaceutique ne soit pas aux mains de grands groupes financiers. Il faut qu’elle soit publique. La santé ne peut pas restée privatisée. Il faut nationaliser les industries pharmaceutiques. Nous ne pouvons pas accepter que nombreux soient les morts sacrifiés sur l’autel du capital .

 

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