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introduction au débat sur Mai 1968, fete de la section des Bastides du 20 mai 2018

24 Mai 2018 , Rédigé par section PCF Bastides 81 Publié dans #PCF-vie de notre section

introduction au débat sur Mai 1968, fete de la section des Bastides du 20 mai 2018

Fête de la Section des bastides et du Gaillacois. 20 Mai 2018


 

Chères, Chers Amis et Camarades,

Mesdames et Messieurs,


 

Tout d’abord, je vous demanderai d’être conciliant avec l’entrée en matière de notre débat sur la période Mai/Juin 1968. J’ai essayé de faire de mon mieux avec mes connaissances et mon éducation de militant syndical et politique : je précise que je ne suis ni conférencier encore moins historien professionnel. Volontairement et afin de ne pas nuire au débat, en accord avec la Direction de la Section, mon propos ne devrait pas dépasser une quinzaine de minutes et permettre ainsi de situer ce que nous a légué ce formidable mouvement en corrélation avec ce qu’aujourd’hui le Patronat et le Pouvoir capitalistes mettent en place , guidés, s’il en était besoin, par ce Président des riches, le plus extrême que nous ayons connu depuis 50 ans (et pourtant, il y en a eu des « pas mal »).

Il ne s’agit pas ici de tomber dans une célébration nostalgique voire théâtrale comme beaucoup voudraient nous entraîner à leurs côtés (tous ceux qui veulent habiller l’histoire à leur façon…) mais au contraire de tenter une confrontation entre le mouvement de mai/juin 68 et les luttes d’aujourd’hui.

Comme tout autre date marquante de notre histoire (et plus particulièrement l’histoire des peuples et de la Classe ouvrière), force est de constater qu’à chaque fois que nous avons fait reculer le Capitalisme, ce dernier, même affaibli, s’est redonné de l’air progressivement jusqu’à remettre en cause les acquis de la lutte. 1936, ses acquis sociaux et Patronat et Gouvernement déclarant : « Hitler plutôt que le Front Populaire », après 1945, la remise en cause du Programme du CNR que De Gaulle avait été contraint d’accepter tant le rôle de la Résistance et de ses responsables communistes étaient indiscutables. Rappelons que le CNR a permis entre autres mesures de nationaliser la Banque de France, le Gaz et l’Electricité, les grandes Compagnies d’assurance, le rétablissement des 40 heures, l’extension du nombre et des attributions des Comités d’entreprise, la généralisation de la Sécurité sociale et la mise en place de la retraite « des vieux », l’instauration du statut de la Fonction publique… Cette énumération ne vous rappelle t-elle pas ce « qu’ils nous ont pris »depuis et ce « qu’ils veulent nous prendre » maintenant ? Le 22 mai, il faudra y être afin qu’ils n’arrivent pas à leurs fins : démanteler le statut de la Fonction publique.

1968 fut le détonateur d’une contestation grandissante qui n’est pas née en mai 68 … Mais qui s’est poursuivie et qui se poursuit encore… La révolte des travailleurs et des étudiants découle d’une multitude de luttes (les luttes anticoloniales comme l’Indochine et l’Algérie, les mineurs en 1963, les grandes grèves de 1966 puis 1967 qui a battu tous les records de journées de grève avec 450 000 journées de grève. Des conflits longs éclatent dans des grandes entreprises comme Sud Aviation, Dassault, Berliet, Rhodiaceta, Saviem, les raffineries, les Chantiers de l’Atlantique, dans les mines et la Sidérurgie. Les lycéens et étudiants exprimeront leur colère face à une politique autoritaire et leur désir de Liberté. Résumer cette colère à la seule histoire de Cohn Bendit ou Geismar utilisée complaisamment par les médias et qui, depuis, ont dévoilé leur vrai visage (opportunistes, collabos, défenseurs de la société libérale, soutien de Jupiter) reflète la volonté du Pouvoir à faire un trait sur l’Histoire quitte à utiliser le mensonge et la force comme en son temps Papon, Ministre de l’intérieur en 68 (pétainiste, condamné pour crime contre l’Humanité avec la déportation de plusieurs milliers de juifs, responsable en 1962 du Massacre du Métro Charonne).

Le Mouvement mai/juin 1968 déboucha sur des avancées sociales énormes arrachées par les grèves : hausse générale des salaires (globalement autour de 10%), augmentation du SMIG de 35%, engagement sur la semaine de 40 heures, affermissement des conventions collectives et reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise. D’autres segments de la Société furent mis au grand jour comme l’émancipation et le droit des femmes, une nouvelle approche de la question de la liberté sexuelle, une amorce discrète mais palpable concernant la conditions de nos camarades travailleurs immigrés avec leur implication dans les luttes, la mobilisation des créateurs et des intellectuels…1968, c’est aussi la Victoire du Peuple vietnamien contre l’impérialisme américain (la Paix fut signée en 1975 à Choisy le roi)après la victoire du Peuple algérien, en 1962, pour son indépendance. En 1967, CHE GUEVARA a dit : «  Nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux si, 2, 3, plusieurs Vietnams victorieux fleurissaient sur la surface du Globe ».

Notons que les grèves se poursuivirent après Grenelle dans un certain nombre d’entreprises comme Renault Billancourt pour obtenir satisfaction à leurs revendications de branche.

C’est pour toutes ces raisons qu’avec acharnement, les Présidents et Gouvernements successifs soutenus par la droite ou, malheureusement, par les socialistes, tentent de reprendre ces avancées. Si la situation n’est pas simple pour des millions de nos concitoyens avec une aggravation de leur condition de vie, il faut cependant admettre que malgré tous les moyens qu’ils mettent en œuvre, ils n’y sont pas encore parvenus. Rappelons- nous que Sarkozy, Président, avait juré de «  liquider une bonne fois pour toute l’héritage de Mai 68 ». Il avait engagé le processus avant de perdre dans les urnes devant Hollande qui, sans reprendre au mot son prédécesseur continua la besogne… avant également de perdre lui aussi dans les urnes. Aujourd’hui, Macron a pris le relais ayant retenu la leçon dès le biberon dans la petite bourgeoisie avant de côtoyer le must avec les Rothschild puis dans les couloirs élyséens ou dans les bras de sa mamie Brigitte…

Du côté syndical, les résultats de la Lutte furent palpables immédiatement et même quelques années plus tard .Mais la question s’est posée et se pose encore de savoir comment ce mouvement de 10 millions de grévistes, avec des milliers d’usines occupées, des services publics à l’arrêt, des Sociétés nationales comme la SNCF, EDF/GDF, l’Aéronautique, les Raffineries et la Sidérurgie n’a pas débouché sur un changement politique ?...

Des démagogues anarcho-guignolesques ont tout fait pour récupérer un mécontentement et un mal être réel des lycéens et étudiants en laissant entendre que « le Grand soir » était pour demain, que l’autogestion était à portée de mains et que dès aujourd’hui, on pouvait trouver« sous les pavés la plage ». Ils ont sans doute eu un impact sur une issue qui n’était pas de leur goût, déjà engagés dans des stratégies libérales… II leur importait plus de diviser le mouvement ouvrier en utilisant un anticommunisme primaire (encore en vigueur par les mêmes personnages de nos jours) que de rassembler pour gagner. Cohn-Bendit se dévoile sans filtre quand il déclare après la manif du 13 mai  68: « ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est d’avoir marché à la tête d’un défilé où les crapules staliniennes étaient à la remorque ». Il a démontré depuis qu’il n’avait pas changé… et même progressé sur le sujet. A ce sujet, je partage le point de vue de l’écrivain Arno Bertina lorsqu’il écrit dans l’Humanité des débats : « l’image de mai 1968 a été confisquée par les petits bourgeois (étudiants) au dépens du monde ouvrier. Cette confiscation devient une chose folle (sur le plan des mœurs) quand on mesure que, 50 ans plus tard, la régression est colossale. Au pouvoir depuis 50 ans, les acteurs de mai 68 n’ont pas fait vivre leurs audaces ; en soutenant Macron, ils valident des choses invraisemblables (appel à l’Eglise catholique, à la Manif pour tous, absence de dénonciation des identitaires se transformant en milices ségrégationnistes, etc…), tout en cautionnant les coups de butoirs contre l’autre pan des acquis de 68 arrachés par les ouvriers. …. Il n’est plus possible, de parler de mai 1968 sans parler de 2018 et du couronnement des renégats et des vendus (Wolinski a dit, dans les années 1980, que sa génération avait fait mai 68 pour ne pas devenir ce qu’ils sont devenus)

Geismar n’eut pas la même couverture médiatique mais resta toujours en lien avec le pouvoir (en particulier socialiste), exerçant des fonctions de conseiller auprès de Rocard, Glavany, Delanoé et même Strauss Khan.

Sauvageot disparaitra des médias se consacrant à sa vie professionnelle. Comme Geismar, il fut l’un des dirigeants du PSU mais, tout à son honneur, défendit ses convictions dans l’honnêteté et la discrétion qui me permettent de le différencier des deux autres vassaux du Capitalisme.

S’il faut reconnaître que la Jeunesse fut un accélérateur du mécontentement grandissant du Peuple français, il faut tout aussi bien reconnaître que ce dernier grondait de plus en plus bruyamment avec les multiples mouvements , grèves voire occupations que connaissait notre Pays, à l’initiative, en particulier de la CGT et du Parti communiste français. Déclencheur mais pour aller où ?

Ce mouvement ne peut pas être réduit ni à une grève générale ouvrière ni à une révolte étudiante, ce sont les deux à la fois. Le PCF, à cet instant, est de loin la première force progressiste et révolutionnaire : cette situation « de confort » est le résultat de notre engagement clair et sans compromission auprès de la Classe ouvrière, dans les circonstances les plus dures comme celles de la Résistance. Rappelons-nous que le PCF lors des élections législatives de novembre 1946 recueillait 28% des suffrages. En 1969, Notre Camarade Jacques Duclos recueille 21% des suffrages alors même que les évènements de 1968 ne nous ont pas été favorables et que l’anticommunisme des gauchistes voulait nous couper des travailleurs en lutte : ils n’y sont jamais arrivés et les organisations gauchistes qui, en 68, combattent la CGT et le PCF sont mal reçues dans les usines. Il faut cependant s’interroger sur nos difficultés du moment face à ce mouvement où s’investissent tout un tas de nouvelles catégories professionnelles, l’intervention nouvelle des femmes et des jeunes… Le PCF semble un peu pris de court tellement l’essentiel de sa démarche reste autour de la classe ouvrière (et même de la dictature du prolétariat, notion abandonnée lors du 22ème congrès en 1976).

Cet immobilisme n’était qu’apparent tant l’activité de « nos amis et meilleurs ennemis » était grande. Le 20 mai 1968, Waldeck Rochet apprend que des tractations se déroulent entre Mitterrand, Mendès France et Lecanuet pour créer une 3ème force, excluant le Parti communiste. Notre Secrétaire général va taper du poing sur la table mais, au final, Mitterrand annoncera sa candidature… Le 27 mai, à l’appel de l’UNEF, est organisé un grand rassemblement à Charléty où seront présents, entre autres et autour des « gauchistes », la CFDT et le PSU et auquel participera Mendès France : le point commun, l’anticommunisme. La suite, vous la connaissez… Après son « évasion » en Allemagne, De Gaulle organisera la grande marche de la Droite le 30 mai qui lui permit de garder le pouvoir…

1968 a commencé par un mouvement social, sans équivalence durant tout le 20ème siècle mais n’a pas débouché sur une victoire électorale. Peut-être « le Parti communiste n’était pas disposé à reconnaître qu’on puisse organiser des mobilisations anticapitalistes en dehors de lui » comme le souligne René Piquet. Dans les années 80/90, le PCF abandonne la représentation des classes populaires au profit de la France des diversités. La lecture de la Société de classe s’efface au profit de la participation citoyenne. Si en 1981, Georges Marchais réalise encore 15,3% en 2007, nous atteignons péniblement 1,9%. A notre engagement révolutionnaire marxiste s’est mise en place une rhétorique humaniste partagée. Tout le monde peut s’y retrouver ; on se fond dans un moule réformiste tout en perdant notre identité… Même le mot ouvrier disparaît de nos discours. Nous abandonnons le terrain et en particulier celui de l’entreprise.

1968 put être un révélateur de nos faiblesses sans que pour autant le Parti communiste n’ait failli un seul instant au soutien des travailleurs en lutte et aujourd’hui encore, il est toujours de leur côté. Cependant, il doit, tout en tenant compte de « l’analyse concrète de la réalité concrète », se positionner sans équivoque sur des positions de classe et revendiquer son rôle révolutionnaire. Il n’est plus possible d’être dans des débats à « fleurets mouchetés » avec les socialistes ; il ne peut y avoir de concessions entre ceux qui prônent la gestion sociale du Capitalisme – les réformistes – et ceux qui prônent le dépassement du Capitalisme, pour aller vers une société communiste – les communistes. Il n’y a pas plus de place à laisser croire (les médias et le pouvoir s’y emploient) à une 3ème voie qui se situerait entre les deux comme voudrait le faire croire Mélenchon par exemple . Rappelons que ce dernier se réfère encore aujourd’hui à Mitterand , ce qui me laisse plus que perplexe quant à sa réelle volonté de combattre jusqu’au bout le Capitalisme. Je crains également que sa volonté affichée d’un large rassemblement du Peuple et de ses forces progressistes ne cache, si l’on n’y prend garde,celle de l’utiliser comme tremplin pour accéder au pouvoir, aux pleins pouvoirs si l’équilibre des forces et des sensibilités n’en sont pas respectées, mais ceci n’est que mon sentiment et n’engage que moi….


 

La seule voie possible est le développement des luttes, dans la diversité des branches professionnelles comme des secteurs géographiques (industrielles, services, secteur public, santé, transports, bâtiment, etc…). Lançons les passerelles qui permettent d’aller vers une plus grande convergence des luttes : nous n’en sommes pas si loin et « en même temps » pas si près. Il nous faut nous appuyer encore plus sur les luttes existantes comme bien sûr les cheminots, les travailleurs des hôpitaux ou des EHPAD, AIR France, les territoriaux, etc…

Notre Fête d’aujourd’hui, si localisée soit-elle, est une étape pour aller à la reconquête de nos droits et libertés reniés chaque jour un peu plus par « le rejeton à Hollande ». Elle doit également être un tremplin pour le Parti communiste pour regagner une place correspondant plus à ses valeurs et à son poids historique dans notre Pays. Je ne peux que vous inciter à répondre favorablement aux sollicitations de nos Camarades pour adhérer au Parti communiste français.

Je suis conscient que cette introduction puisse vous laisser sur votre faim ; je pense qu’elle ouvre plusieurs pistes de réflexion qui vont bien au-delà de la simple « célébration de mai 1968 » ; elle fait de la sincérité son fil conducteur en évitant, de fait, toute interprétation complaisante.

Merci de votre attention et que la discussion soit riche…

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