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Raymond DURAND « une figure marquante du communisme dans le département »(cf « la Dépêche du Midi » du 16/03/2015)- nous a quittés il y a trois ans le 12/03/2015

5 Mars 2018 , Rédigé par section PCF Bastides 81 Publié dans #PCF-vie de notre section

Raymond DURAND « une figure marquante du communisme dans le département »(cf « la Dépêche du Midi » du 16/03/2015)- nous a quittés il y a trois ans le 12/03/2015

Raymond Durand né le 6 avril  1928 à Lavaur (Tarn)a adhéré au PCF à l’âge de 19 ans, dans l’admiration des résistants qu’il connaissait dont son frère aîné. Il avait perdu sa mère très jeune et c’est son père un blessé de la guerre de 14 et sa grand mère qui l’ont élevé. Doté du certificat d’études, ouvrier agricole dans le gaillacois ; ne pouvant supporter l’injustice et l’oppression des patrons,  il devient rapidement membre de la CGT et  peu de temps après, sera à l’origine de la rédaction  de la convention collective des ouvriers agricoles signée le 12/05/1959  (son extension par le Ministère de l’agriculture a eu lieu le 12/05/1960). L’application de cette convention a nécessité de nombreuses luttes et  a permis à de nombreux ouvriers agricoles de sortir du servage ; en effet beaucoup d’ouvriers agricoles vivaient dans des masures et travaillaient sans un jour de congé, au service constant du patron. La lutte de classe entre les ouvriers opprimés et les patrons oppresseurs fut dure. Les articles  « Dans le Tarn » de l’Huma-Dimanche signés de Raymond  racontent de nombreuses anecdotes et exemples de comportements de patrons illustrant bien la lutte de classe entre ouvriers opprimés et patrons oppresseurs. A partir des années 1960, les ouvriers doivent noter les heures qu’ils font et en demander le paiement. En effet la durée légale est de 8h/jour mais les heures supplémentaires sont considérables. Raymond en tant que  conseiller juridique  tient une permanence le dimanche matin à la Bourse du travail de Gaillac : les ouvriers sont  nombreux à venir pour se faire compter les retards de salaires, les heures supplémentaires et les congés payés. Ainsi la CGT  permet à de nombreux ouvriers agricoles d’obtenir le paiement des jours de congé avec effet rétroactif ; pour beaucoup d’entre eux cela représente des sommes importantes par rapport à leur salaire.20 ans après 1936 , les propriétaires fonciers n’appliquaient toujours pas les congés payés !. Il arrivait même souvent que les ouvriers venaient de tout le département chez Raymond pour exposer leur cas, souvent à vélo et restaient manger chez lui. La CGT se développe et le PCF aussi.  Il racontait souvent que  son propre patron viticulteur qui n’avait que 2 ouvriers  revenait du marché de Gaillac la tête basse et la mine renfrognée : il s’était fait vivement reprocher  par les autres patrons  de garder un ouvrier pareil, à quoi il répondait qu’il faisait  bien  son travail. Ses collègues ne pouvaient pas supporter que le nom des patrons refusant d’appliquer les congés payés soit inscrit sur des affiches collées sur des arbres. Les sommes remboursées pouvaient s élever à plusieurs milliers de francs alors que le salaire mensuel pour 225 h n’était que de  389 F . Raymond  alla plusieurs fois  les défendre devant le tribunal des prudhommes. Puis, pour éviter aux ouvriers d’être obligés d’aller en justice pour tenter de récupérer leurs droits, la CGT s’est battue pour la création de commissions paritaires cantonales présidée par l’inspecteur des lois sociales ; partout dans le département Raymond et ses camarades organisent des réunions dans les villages ruraux et aide à la création de syndicat CGT des ouvriers agricoles.  Le 23/08/1964 c’est le 1er congrès des salariés de l’agriculture dans le Tarn :  Raymond  accueille les invités et  fait l’historique de l’organisation.

Raymond menait une vie dure, animé par l’idéal de la libération des travailleurs et de   l’avènement d’une  société socialiste. Il rentrait tard le soir après les réunions et se levait très tôt pour s’occuper du  bétail , une vie si dure qu’il tombe gravement malade.

En plus de  tous ses efforts, et alors qu’il était encore ouvrier agricole, après une semaine dure de travail, il prenait le bus (n’ayant pas de voiture) le matin pour aller à la réunion du Comité fédéral du PCF qui avait lieu le dimanche et ne revenait que le soir puisqu’il n’y avait qu’un bus. Une seule fois, il ne put s’y rendre et …..reçut un blâme !!!

Néanmoins Raymond gardait un excellent souvenir de cette époque où les travailleurs non seulement obtenaient des acquis (8% d’augmentation de salaire par exemple) mais aussi faisaient avancer la société vers leur émancipation. En 1968,  secrétaire de l’UL CGT de Gaillac, il participe activement au mouvement.

Dans les années 1960, les luttes se développent aussi parmi les fermiers avec le Modef contre la politique d’orientation agricole du pouvoir gaulliste soutenu par la FNSEA. Les banques et les sociétés financières s’accaparent des terres et de nombreux paysans seront bientôt contraints d’abandonner leur terre et d’aller travailler en ville. De nombreuses réunions sont organisées par les dirigeants du  PCF dont Raymond.

En 1961, la fédération du PCF lui demande de  devenir  permanent (avec un salaire proche du Smic), membre du bureau  fédéral avec Henri Texereau comme secrétaire fédéral, puis membre du secrétariat en 1965  puis plus tard trésorier fédéral jusqu’en 1989. Raymond est de ces militants qui ont toujours milité à la fois  sur le plan syndical et politique. En tant que responsable paysan de la fédération du PCF, il organise la prospection d’abonnements à la Terre ( le journal paysan qui a le plus d’abonnés en France soit 150 000 exemplaires)Dans le Tarn en 1961, 570 abonnements sont réalisés. Il a organisé des dizaines de tournées de la terre ;  il avait lui-même effectué des tournées dans le Tarn et le sud- Aveyron . Il racontait l’accueil très chaleureux et très fraternel qu’il recevait partout . L’agriculteur heureux de cette visite sortait souvent la meilleure  bouteille qu’il pouvait trouver  pour fêter l’évènement! Puis peu à peu la Terre embaucha des salariés et les fédérations du PCF recherchaient les accompagnateurs de façon que les tournées  soient les plus fructueuses  possibles  pour le journal; dans le Tarn, c’était le rôle de Raymond ; il fallait donc au préalable battre la campagne pour trouver ces accompagnateurs. Cela représentait un gros travail et Raymond faisait cela avec une conscience politique aigüe. Ainsi dans tout le Tarn il y avait des abonnés de la Terre y compris dans les coins les plus reculés. Les idées communistes rayonnaient.

 L’objectif  du PCF était  de favoriser la solidarité entre travailleurs de la ville et de la campagne contre le capitalisme, le journal la Terre étant un outil précieux.

S’étant formé dans des stages du PCF, ayant beaucoup lu,  curieux d’histoire, il acquit une solide expérience et  resta un homme de terrain, aux quatre coins du département, il se rendait sur place chez les militants pour aider à la création d’une cellule ; au milieu d’une lutte, au milieu du brouhaha des discussions passionnées il rédigeait le tract qui correspondait à la situation. D’esprit fertile et créatif, il était toujours là quand les militants avaient besoin de conseils. Le lien dialectique entre action pratique et théorie, il connaissait !.

Raymond a consacré toute sa vie  au service  de l’idéal des Communistes.

Dans tout le Sud du Tarn ,au nom de la fédération du PCF, il apportait ses connaissances, son expérience et le soutien actif (démarches, tracts,etc) aux travailleurs en lutte, que ce soit les agriculteurs opposés aux remembrements  dans le Puylaurentais, les ouvriers dinandiers ou des salaisons de  Durfort, les salariés de la confection de Vogue de France. (à Saint-Sulpice)., les salariés de Guardia (mégisserie) à Graulhet. Il créait des cellules rurales  à Saint-Pierre de Trévisy,  à Lacaune, à Salvagnac., dans les coins isolés du département.

Dans les réunions du PCF, ses interventions passionnées et pertinentes donnaient envie de militer. 

En raison de son intense activité et de sa connaissance du terrain, il fut désigné par le PCF plusieurs fois candidat aux cantonales sur le canton de Lavaur dès  1964, puis de Graulhet, candidat plusieurs fois aux élections législatives en  1973, 1978 et 1981 dans l’ancienne circonscription qui allait de Dourgne à Laguépie.

Devenu conseiller municipal à l’âge de 70 ans, il anime la lutte pour sauvegarder le bureau de poste de Briatexte et parvient à son objectif. Localement, chacun se souvient de la manière dont il a démoli les arguments et réduit au silence  le directeur départemental de la Poste lors d’une réunion publique à ce sujet.

En 1990,il prend la retraite de responsable  du PCF et est chargé de renforcer la CNL (Confédération Nationale du Logement)dont il devient le président jusqu’en 2009 ; de la défense des salariés à la défense des locataires, de la revendication des hausses de salaires aux blocage des loyers, c’est le même combat. Contre la loi Barre-Méhaignerie, la CNL se développe et double ses effectifs en passant à 200 adhérents en 1990. Elle atteindra les 300 adhérents en 2000. Il s’occupe sur le plan juridique des dossiers des locataires du privé et permet à beaucoup d’entre eux  de récupérer  de belles sommes notamment sur les trop-perçus de loyer (en un an 101000 F avaient été récupérés). Dans le même temps, avec des amicales, il organise des rassemblements  devant le siège de l’Office HLM à Albi contre les hausses de loyers.  Dans un quartier d’Albi où une réhabilitation est en projet, avec son aide, l’ amicale fait  un travail extraordinaire et parvint à faire modifier complètement les plans de l’architecte afin que les travaux correspondent aux besoins des habitants sans augmentation de loyer. C’est la maladie qui l’amènera à réduire ses activités à la CNL  puis à y renoncer en 2009.

Raymond qui aimait la discussion trouvait toujours dans la diversité des  rencontres de la vie le moyen d’engager la discussion sur le terrain politique ; tous les matins lorsqu’il allait acheter l’Humanité, il commentait avec l’un ou l’autre l’actualité. Ce qu’il lisait en premier c’était les articles sur la situation internationale, l’évolution des peuples sur la voie de l’émancipation. Ses  derniers livres lus furent  « Le camp des oliviers » de W. Sportisse et « Mémoire algérienne » de Henri Alleg.  Quotidiennement, en toutes circonstances il faisait entendre la voix des communistes. 

Toujours de bon conseil, d’esprit fertile et membre du bureau de la section de Lavaur du PCF, il participa aux manifestations pour la défense de l’hôpital , contre l’ouverture de la prison pour mineurs , au loto annuel de la section. Jusqu’à ses derniers jours, il participa activement  aux réunions et à  l’activité de la section .

Raymond fait partie de ces militant(e)s courageux, droits, intègres, généreux, fidèles à leur idéal, issue de la classe ouvrière , qui ont une conscience de classe et qui ont acquis une culture grâce au parti et à leur curiosité intellectuelle.. Ces hommes et femmes ne supportant pas l’injustice  ont consacré toute leur énergie, toute leur vie, toutes leurs compétences au service des idées du PCF, porteur de l’émancipation des classes laborieuses.

Une vie entière consacrée au service des autres, à la lutte, à la lutte des idées , contre le lavage de cerveau quotidien opéré par les capitalistes, à la lutte pour une société solidaire, fraternelle, affranchie des puissances d’argent.

Lors de ses  dernières années, il regrettait de ne plus pouvoir  aller aux manifs avec le drapeau portant la faucille et le marteau. Raymond était très affecté par les reculs sociaux, révolté par la misère dans le monde et en France , par le fait que le PCF en arrive  à renoncer à son identité et à cacher son logo derrière le front de gauche.

Raymond fait partie de ces militants à qui nous devons d’avoir conservé des acquis de la Libération et surtout d’avoir laissé ouverte la possibilité de mettre en échec le capitalisme et de conquérir une vie digne.

Plus que jamais notre peuple a besoin de tel(le)s militant(e)s courageux et d’esprit libre pour avancer vers la maîtrise de leur destin .

 

« Le socialisme c’est l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme, la paix et le bonheur pour tous. »(Huma dimanche du 17/02/11111963.

 

Source : pages départementales de l’Huma-Dimanche de 1961 à 1965 et souvenirs personnels

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