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Cameroun : une guerre coloniale oubliée

24 Décembre 2017

exposition de têtes coupées par les troupes françaises (guerre du Cameroun)

exposition de têtes coupées par les troupes françaises (guerre du Cameroun)

Une guerre atroce mais cachée:

La guerre d’Algérie et les exactions commises par le colonialisme français sont relativement documentées malgré la censure et la propagande de droite sur le rôle positif du colonialisme.

 

Par contre, de 1955 au milieu des années soixante, sous les gouvernements de la 4ème république dominés par les socialistes comme sous de Gaulle, une guerre atroce et méconnue fut menée au Cameroun.

 

Alors qu’ailleurs en Afrique les dirigeants du rassemblement démocratique africain se ralliaient à la Françafrique et acceptaient une indépendance formelle, la situation était plus difficile pour le colonialisme au Cameroun.

 

L’UPC: un parti lié au PCF qui refuse la fausse indépendance de la Françafrique:

 

Le parti de l’indépendance au Cameroun, l’UPC, dirigé par Ruben Nyobé, était un parti d’une autre trempe.

Ruben Nyobé et une bonne part de ses camarades avaient été formés politiquement par la lutte au sein de syndicats camerounais liés à la CGT (l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun U.S.C.C). et les cercles d’études Marxistes animés par un remarquable camarade Gaston DONNATet d’autres militants communistes et CGTistes tout aussi exceptionnels tels Lalaurie et Soulier.

 

Mouvement populaire et revendicatif, l’UPC ne pouvait accepter une «indépendance» ou tout resterait pareil à l’exception d’une petite place accordée aux leaders indépendantistes au côté et au service de la puissance coloniale dans l’exploitation du peuple et des ressources camerounaises.

 

Très rapidement la France , représentée au départ par Mesmer, futur ministre gaulliste, interdit l’UPC car les services de renseignements français s’accordent pour prévoir sa victoire en cas d’élection démocratique. L’objectif des gouvernements colonialistes successifs, c’est, comme partout en Afrique, d’accorder une indépendance de façade pour que les affaires continuent.

 

Un pantin sanglant, Ahidjo, prend le poste de premier ministre puis est élu président à la suite d’élections honteusement truquées comme il était de règle dans les colonies.

 

Une résistance courageuse face à une répression monstrueuse:

 

L’UPC prend alors le maquis.

La France mettra tout en œuvre dans une guerre d’une cruauté sans nom pour vaincre la guérilla:

Bombardement, Napalm, tortures, massacres, mise en place d’un vaste réseau de délation

 

La déportation dans des conditions atroces des populations hostiles sera organisée comme en Algérie avec sans aucun doute des milliers de morts de civils.

 

En Algérie, où la même méthode a été appliquée,, un rapport de l’inspection des finances rédigé par M Rocard parle de 500 morts par jour, et pour les seuls enfants.

 

La France formera aussi à ces atrocités les milices d’Ahidjo financées par Paris1.

 

Pour effrayer les populations, une méthode spectaculaire et atroce est employée:

L’exposition dans les quartiers populaires et les villages de têtes coupées.

Il s’agit d’une très vielle tradition du colonialisme Français et Belge (avec des variantes telles que les mains ou les oreilles).

Ignorée des médias, pratiquées sur des populations africaines , les atrocités menées et encadrées par des militaires français vont se prolonger plus de 10 ans, du milieu des années 50 au milieu des années 60, avant de se continuer à moindre échelle sous les dictatures d’Ahidjo puis de Biya.

 

Les sources les plus crédibles parlent de 400 à 500 000 morts

 

Le Colonel LAMBERTON,réac notoire, qui commanda la répression dans la Sanaga maritime, parle d’une région «dépeuplée à 50%».

Après des années d’une guerre sans nom et sans bruit, après l’engagement, face à des guérilleros surtout armés de leur courage, de tous les moyens modernes de tuer dont disposait la France, après l’usage de toutes les formes de torture et de meurtre, après avoir rasé sous le feu du napalm des villages entiers et brûlé leurs habitants, après l’assassinat par les services secrets Français ou l’exécution après leur capture des dirigeants de l’UPC, la dictature a été stabilisée.

 

La Françafrique continue:

 

Paul Biya continue aujourd’hui le régime criminel d’Ahidjo, s’enrichit comme son prédécesseur sur le dos de son peuple tout en manifestant toujours la même servilité envers les pouvoirs français de Sarko à Macron.

Il faut le culot ou l’inculture crasse (je n’exclue pas pour lui un cumul de ces 2 «qualités») de François Fillon pour déclarer:«Je dénie absolument que des forces françaises aient participé en quoi que ce soit à des assassinats au Cameroun. Tout cela, c’est de la pure invention !»

 

Le Cameroun reste une colonie, Macron rencontrera bientôt Biya. Bolloré contrôle quasiment toute l’économie camerounaise.

Pour les élites Françaises et leurs porte-parole politiques de droite, socialistes ou «ni de gauche ni de gauche», cette guerre monstrueuse , cette accumulation de crimes contre l’humanité «en valait la peine».

Les affaires continuent et peu importe que ce soit au prix du sang.

L’ordre colonial règne à Yaoundé. Les valises irriguent la démocratie française et Bolloré est roi.

Macron prépare une rencontre avec Biya pour parler de coopération militaire (et peut être du financement de la prochaine présidentielle?).

 

L’ordre colonial règne toujours au Cameroun.

 

1(Le savoir faire en matière de formation à la torture et la répression est une des «compétences» françaises qui s’exporte le mieux de l’école des Amériques de la CIA à la formation de tortionnaires Chiliens ou Argentins )

 

Pour aller plus loin:

L’INDÉPENDANCE PIÉGÉE, de Jean Chatain, Augusta Epanya, Albert Moutoudou.Éditions L’Harmattan, 2011,

La guerre du Cameroun L’invention de la Françafrique

 Thomas DELTOMBE, Manuel DOMERGUE, Jacob TATSITSA 

Jean SURET-CANALE:Afrique Noire occidentale et centrale t.1:Géographie, civilisations, histoire, Afrique Noire occidentale et centrale, t.2, Afrique Noire: de la décolonisation aux indépendances, Paris, Éditions Sociales

Sur les têtes coupées: un général camerounais avoue

http://www.dailymotion.com/video/xgfd4j

 

Gaston Donnat: Afin que nul n’oublie, l’itinéraire d’un anti-colonialiste, éditions l’harmattan

A lire également l’oeuvre littéraire et les essais de Mongo Béti et notamment:

Main basse sur le Cameroun: autopsie d’une décolonisation, Remember Ruben, 1974. La Ruine presque cocasse d’un polichinelle:Remember Ruben 2, Lettre ouverte aux Camerounais ou La deuxième mort de Ruben Um Nyobé, La France contre l’Afrique: retour au Cameroun

Sur le Cameroun actuel et Bolloré:

https://survie.org/pays/cameroun/

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