Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lettre de P. TILLARD à MELENCHON

11 Novembre 2017 , Rédigé par Section PCF Bastides 81 Publié dans #courrier

Lettre de P. TILLARD à MELENCHON

TILLARD Philippe                                                                                      le 27 Octobre 2017

 

Monsieur,

C’est sans état d’âme que je vous adresse ce courrier afin de vous témoigner de l’indigestion que m’inspire votre suffisance et votre narcissisme. Je ne m’adresse pas à un Camarade mais à celui qui se prend pour Jupiter 2. De ce point de vue, au-delà des idées qui restent opposées, la similitude avec Macron est saisissante : autant de mépris pour ceux qui ne pensent pas comme vous, y compris ceux qui vous ont permis au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 d’atteindre un score que vous seul n’auriez jamais atteint (je ne fais pas partie de ceux là). Tout phénix que vous croyez être, sans les électeurs populaires et progressistes, des quartiers et des campagnes, des communistes, des associations caritatives aux organisations syndicales et de tous ceux ne voulant plus de la droite « officielle » comme celle officieuse du PS de Hollande à celle de votre époque où vous étiez le suppôt de Mitterrand et que vous revendiquez encore aujourd’hui… vous ne seriez rien. Le seul point où je vous rejoins est que le PCF s’est fourvoyé dans des accords de plus en plus obscurs avec les socialistes (accords locaux où des valeurs fondamentales étaient foulées) quand dans le même temps, il faisait le choix de vous soutenir dès le 1er tour tout en bafouant l’autorité de leur Conseil national. Dans « le flou, il y a forcément un loup » qui vous a semblé important de faire fructifier afin de vous donner l’image d’un révolutionnaire plus émoussé que votre image de bon social démocrate… Depuis, votre personnalité a éclaté au grand jour ce qui contribue aujourd’hui à des commentaires beaucoup plus nuancés à votre encontre de la part de bons nombres de progressistes et à une ferveur plus refroidie comme en témoigne vos dernières initiatives. Face à un déluge de mesures antipopulaires de Macron et de ses sous-fifres, est-ce que vous croyez vraiment que la division de toutes les forces populaires et démocratiques dont vous prétendez être le « fer de lance » soit la solution ? Pensez-vous que vos attaques incessantes sur les forces du changement en mouvement (et vous en représentez une parmi d’autres… respirez/expirez…) soit la solution ? Après vous êtes servi du Parti communiste, de ses structures, de certains de ses élus historiques et du Journal l’Humanité, ce que vous faites encore dans une moindre mesure (certains communistes ne sont pas dupes), vous crachez dans la soupe : au-delà de la supercherie intellectuelle, mettez vous à jour de vos dettes financières auprès du PCF. Avant de faire une chaîne de télé et digérer le coût des hologrammes, ne serait-il pas temps de vous mettre à jour avec la réalité… Sérieusement, croyez-vous représenter la France d’en bas alors que vous ne connaissez pas la dure réalité de la vie des travailleurs dans les entreprises ou des femmes et des hommes privés d’emploi? Avez-vous participé, ne serait-ce qu’une seule fois, à des luttes de travailleurs sur le terrain : Occupation d’usine, face à face avec les forces de l’ordre, campagne de solidarité active, défense des familles dans le besoin ? Dans les mots et les discours, j’entends bien votre engagement mais dans les faits, je reste circonspect devant votre mépris affiché pour ceux qui se battent et essaient de rassembler pour mettre en échec la politique des banquiers de Macron. Je pense que ce qui vous apporte en priorité, c’est qu’on parle de vous quitte à manier l’outrance et les provocations… Contrairement à ce que vous voulez faire croire, vous êtes, à votre corps défendant, l’allié objectif que recherche Macron. En vous faisant « mousser », il peut compter sur votre prétention pour faire le vide autour de vous et ainsi se protéger d’une réaction plus massive des travailleurs. Vous ne voyez le rassemblement que si celui-ci vous amène sur le « trône ». A l’image de notre Président, vous n’avez pas besoin de verres progressifs, seule la vue de votre nombril vous importe… A mes yeux, si le rassemblement des forces progressistes, le plus large possible, est absolument nécessaire, il ne peut se faire sous une forme populiste que vous avez tendance à développer. Pas plus d’ailleurs que le retour à des vieilles recettes comme le Programme commun ou l’Union de la Gauche : en fait, votre populisme d’aujourd’hui conduit malheureusement au même résultat… En excluant certains, en critiquant d’autres tout en encensant des forces en opposition à la première ou à la seconde, vous ne faites qu’aggraver la résignation de certains de nos compatriotes. Votre sectarisme n’a d’égal que votre jouissance onirique. Pourtant, s’il n’est pas obligatoire que le changement se fasse qu’autour de vous, il peut cependant se faire avec vous. Le Peuple décidera, en son temps, de qui fera quoi et il faudra bien que l’intelligence prime sur toute forme d’égocentrisme au profit des intérêts du plus grand nombre. C’est aujourd’hui, un véritable cri de colère que je pousse car si les choses ne sont pas dites, je crois que nous allons vers des années de souffrance pour une large majorité de nos concitoyens (il est probable que vous en soyez exempt) face à cette politique des riches. Mettez-vous au service de ceux qui en ont le plus besoin ! Sortez-vous de postures qui n’apportent que de l’eau au moulin des « macroniens » ! Balayez devant votre porte y compris quand, de vous à vos proches, vous n’êtes pas des plus « clean » quant à vôtre probité (avion en business class, logement HLM, manquement aux cotisations URSSAF). En 2012, je vous avais écrit, après ne pas avoir contribué à l’élection de François Hollande, pour vous dire que j’étais «partant pour faire du vélo ensemble mais qu’il ne fallait pas compter que je sois sur le porte-bagage » : je garde encore ce sentiment ; je ne serais jamais votre soumis tel que vous voulez le faire pour des millions de français. Et par-dessus tout, je crains les petits caporaux (de droite ou de gauche) qui prennent le pouvoir… Vous savez fort bien qu’une « balle de gauche tue tout aussi bien qu’une balle de droite »… Le fait de ne pas avoir répondu correspondait à vos vues qui se confirment aujourd’hui : derrière une démarche intellectuelle qui vous fait croire qu’un langage outrancier puisse plaire au Peuple, vous pensez tenir les arguments du « Grand soir » alors que fondamentalement vous n’y croyez pas… Moi non plus d’ailleurs mais, à contrario, je suis convaincu de la victoire des forces progressistes (la plus large soit elle) s’appuyant sur des idées de justice et de solidarité plutôt que sur « l’homme providentiel ». Je crois plus que jamais à la victoire des peuples sur toute forme d’oligarchie m’appuyant sur l’analyse de Marx : « le capitalisme est son propre fossoyeur ». Je milite en ce sens au sein de la CGT et après de longues années d’abstinence avec le Parti communiste français (pour des désaccords politiques avec des « boysband » de l’appareil), je reprends ma carte afin de retrouver ma famille naturelle et, modestement, de participer et faire avancer les idées révolutionnaires (que des communistes ont bafouillées ou bafouillent encore). Pensez qu’après 50 ans de militantisme, je suis sincèrement troublé voire abattu d’être amené à « dézinguer » un homme qui aurait pu représenter les populations laborieuses… Je reste cependant à ma place, ni plus, ni moins mais engagé à ne pas me faire rouler dans la farine… Je reste à votre disposition pour tout échange que vous jugeriez bon d’avoir avec la base, sous les formes traditionnelles qui vous conviennent (hormis les réseaux sociaux pour lesquels je suis absolument allergique). Peut-être qu’un jour, je n’aurai plus besoin de vous dire Monsieur et que je pourrai vous appeler Camarade… Mais, à ce jour, ceci me semble encore loin…

Dans cette attente,

salutations.

PhT

Partager cet article

Repost0

Commenter cet article